La gêne au genou, qu’elle provienne d’une arthrose, d’un ancien traumatisme ou tout simplement de la fatigue articulaire liée à l’âge, est l’un des premiers motifs de limitation de la marche après 60 ans. Selon l’assurance maladie, plus d’1 adulte sur 3 de plus de 65 ans souffre d’arthrose du genou (ameli.fr). On sait que cette douleur s’exacerbe sur les terrains durs (bitume, pavés), les escaliers ou lors des arrêts fréquents nécessaires à la traversée de routes ou à la montée de trottoirs.
Le cercle vicieux est bien connu : moins on marche, plus on perd en force musculaire et en confiance… et plus sortir devient difficile. Les proches s’inquiètent, certains seniors repoussent même le moindre déplacement seul. Faut-il pour autant envisager l’arrêt complet des déplacements à pied ? Non. Rester actif, c’est préserver ses articulations et sa vie sociale. Mais il faut savoir s’armer des bons outils pour sécuriser ses pas.
Traditionnellement associés aux randonnées ou à la marche nordique, les bâtons de marche remplissent plusieurs fonctions :
En milieu urbain, la question du report de charge prend tout son sens : monter un trottoir, marcher sur une avenue pavée, s’arrêter fréquemment… chaque geste sollicite les genoux. Les bâtons, bien utilisés, permettent ainsi de soulager temporairement l’articulation et de sécuriser la marche.
L’idée d’utiliser des bâtons dans les rues soulève souvent des interrogations pratiques ou culturelles : est-ce adapté, n’est-ce pas ridicule, est-ce efficace ?
Une étude publiée dans le Journal of Aging and Physical Activity indique que l’utilisation de bâtons de marche (y compris en milieu urbain) diminue la sensation de fatigue chez les seniors, tout en améliorant les paramètres de sécurité et la confiance, notamment pour les personnes souffrant d’arthrose modérée (source).
Tous les bâtons de marche ne se valent pas, surtout pour une utilisation urbaine. Voici quelques repères pratiques :
Pour bien marcher :
Le choix entre canne de marche classique et bâtons de marche dépend avant tout de votre stabilité et du type de soutien recherché :
| Critère | Canne de marche | Bâtons de marche |
|---|---|---|
| Stabilité | Appui unilatéral, adapté en cas de fragilité d’un seul membre | Appui bilatéral, meilleure répartition de la charge |
| Adaptation au terrain | Facile en intérieur, peu encombrante | Idéal sur longue distance, sur sol varié |
| Image sociale | Plus “associée” à la dépendance | Aspect sportif, moins stigmatisant |
| Poids reporté | Partiel, un côté | Des deux côtés, utile pour douleurs aux deux genoux |
| Apprentissage nécessaire | Très intuitif | Nécessite un court apprentissage du geste |
| Utilisation dans les transports | Très facile | Nécessite de replier ou de gérer l’encombrement |
En pratique, pour des douleurs aux deux genoux, deux bâtons de marche offrent un meilleur soulagement. Pour une fragilité latéralisée, la canne reste pertinente. Rien n’interdit d’alterner selon les sorties.
Si la douleur du genou limite chaque sortie ou que la confiance recule au point de s’isoler, un bilan par un médecin, kinésithérapeute ou ergothérapeute est recommandé. Il permettra de cibler les meilleures aides techniques, de vérifier la posture, et d’ajuster l’utilisation du matériel. Parfois, un programme de renforcement musculaire ou des conseils sur les chaussures adaptées complètent utilement l’apport du bâton.
Plusieurs associations et centres locaux (ex : clubs CARSAT, CCAS, centres d’éducation à la santé) proposent aussi des ateliers de mobilité ou des initiations à la marche avec bâtons en ville.
La crainte du regard des autres est fréquente. Pourtant, l’image des bâtons de marche a changé avec l’essor de la marche nordique et des randonnées urbaines, qui se multiplient (voir Fédération Française de la Randonnée Pédestre). Ils renvoient à la dynamique, au maintien de l’activité, et beaucoup les associent à une attitude volontaire, non à une incapacité. N’hésitez pas à expliquer l’intérêt de la démarche à vos proches ou entourage.
La clé : ne pas attendre d’être en grande difficulté pour tester ce type d’aide, car la confiance s’acquiert progressivement.
Le bâton n’est jamais une fin en soi. Il s’inscrit dans une stratégie globale d’entretien et de sécurisation de la mobilité :
Utiliser un ou deux bâtons de marche en ville n’est ni un aveu de faiblesse, ni une contrainte insoluble. C’est, au contraire, le signe d’une démarche proactive : se donner les moyens de continuer à vivre pleinement sa ville, préserver sa liberté de mouvement, et rester au contact des autres. Adopter cet outil, c’est accepter d’expérimenter, de s’adapter, tout en respectant son propre rythme.
S’écouter, se faire accompagner éventuellement lors des premières sorties, et ne pas se priver d’un plaisir aussi simple qu’une promenade sur un marché, une visite à un proche, ou un détour par son café préféré – voilà le meilleur moyen de protéger à la fois ses genoux, sa vie sociale et son envie d’aller de l’avant.